Enfin, les yamanba, dont le nom est tiré d'une ancienne figure populaire véhiculée par le Kabuki et le No. Cette vieille sorcière est à mi-chemin entre comique et monstrueux.
Le derme absolument noir, les cheveux blancs ou argentés, la yamanba est aussi qualifiée de tanuki, ou blaireau, et de negafirumu, de l'anglais negative film de part son maquillage.
Toutes sont montées sur des chaussures aux semelles d'une hauteur variant entre 10 et 25 cm.
Un seul but : être attirante!
Espaçant encore davantage leurs frontières avec l'école, le travail et la famille, les ganguro se marginalisent, deviennent indépendantes très tôt et s'assument autant sur le plan matériel que sexuel.
Le marché de la mode ne fait qu'accentuer ce penchant pour les choses futiles. Les ganguro entrent en concurrence, elles s'exhibent et se jugent lors de leur passe-temps favori ; l'ikemen ou intense activité d'observation réciproque. Bardées d'accessoires, du sac à mains à la barrette en passant par les téléphones portables, les visages noirs s'imposent à travers un look ultra voyant. Infantilisme et sex-appeal se conjuguent dans une effusion de couleurs pastel dans le plus pur style kawai, suprématie du « mignon ».
Au japon, tous les phénomènes de mode récoltent une attention médiatique débordante. Le cas ganguro ne récolte, quand à lui, que peu souvent l'unanimité des adultes. Pourtant, si la critique est si vive, ce n'est pas tant pour son style « tape-à-l'oeil » que par la menace idéologique qu'elles impliquent. En effet, les conservateurs les voient comme le symbole du désintérêt des jeunes générations envers les valeurs de la patrie et de la politique.
D'autre part, cette nouvelle féminité choque les hommes ; libérées, elles sont considérées comme étant malsaines, se montrant, elles deviennent pour eux excessives, indécentes et bruyantes. Leur insoumission gène.
Pourtant, elles ne sont que le reflet d'un monde ultra-moderne et privé de référents, elles ont perdues leurs illusions et cherche à les dépasser en se créant un nouveau monde aux normes recadrées.
Le phénomène ganguro, et de manière plus générale, celui des gyaru, a été interprété comme une réponse aux problèmes sociaux des jeunes générations. Pris entre deux feux, à savoir traditionalisme et modernisation, les jeunes femmes japonaises adeptes de cette culture ont choisi un compromis entre excès et rigueur. Libérées, indépendantes, elles deviennent des hybrides nés de l'union entre l'Orient et l'Occident. Miroirs du mal-être ambiant, c'est par une attitude saine d'indentification que ces adolescents combattent par la parodie les dragons conservateurs. Les ganguro ébauchent un mouvement progressiste d'émancipation non seulement féminine mais de l'individu dans son ensemble...